mardi 28 août 2012

Comment on a essayé de me "donner" 2 nourrissons (2/2)


Suite de l'épisode précédent. Je le répéte, cette histoire est vraie, tous les protagonistes ont été anonymisés. Pour les plus neuneus d'entre vous la Bordurie existe bien, mais chez Tintin. Elle fait partie de l'anonymisation du récit.

En ce qui me concerne, il est hors de question que je prenne le risque de m'occuper de ces enfants sans papiers. Imaginons que l'un d'eux aille mal et que je doive l'emmener à l'hôpital, qu'on me demande ses papiers… A qui appartient il ? Où est le père ? L'ai je volé ? Ces questions que l'administration indienne tatillonne quand elle le veut ne manquera pas de me poser me mettront dans une situation morale et administrative impossible à déboucler.

Je n'ai pas beaucoup de solutions  à apporter à Thomas et Roger (son compagnon). Je lui propose 3 choses, soit de le mettre en contact avec le consulat, ça tombe très bien je connais la personne qui s'occupe de ce genre de situations administratives compliquées. Thomas bondit (au téléphone c'est difficile à imaginer mais je suis persuadé qu'il a bondi) et me dit que c'est délicat car la France refuse systématiquement de donner des papiers dans ce genre de situation. Thomas me dit donc qu'il serait bienvenu que je n'en parle pas au digne représentant de la France qu'est le consulat… bon ok…


Deuxième solution : sans grande conviction je lui propose de le mettre en contact avec des vieux de la vieille de la communauté française de Bombay qui auront peut-être déjà vu une situation identique (l'Inde étant une destination assez courue pour les adoptions et les procréations par mère porteuse pour les couples hétéros et homos). Il accepte. J'ai au fond de moi la conviction qu'il faudrait être inconscient pour prendre une telle responsabilité.

Troisième solution en cas de tournure dramatique, plutôt que d'abandonner ses enfants pour une durée indéterminée à une nounou inconnue qui pourra très bien partir avec ces enfants pour les revendre (nous sommes en Inde n'oubliez pas que l'horreur n'a pas de limite); je lui suggère de l'aiguiller vers une institution ou un orphelinat qui prendra soin des enfants. Il accepte.

Le lendemain soir je le rappelle, je lui dis que, comme moi, 'aucune personne n'est prête à prendre un tel risque pour eux et une telle responsabilité envers les enfants.

J'ai entre temps contacté 2 institutions (orphelinats) et un pasteur. Personne ne veut s'engager devant la complexité de la situation et le risque qu'elle représente : ils ne recueillent des enfants que s'ils ont été placé par la mère biologique et ont une peur bleue que ce soient des enfants volés.

Thomas me dit alors que la situation a un peu changé depuis la veille. Un test ADN a été fait de façon un peu sauvage m'avoue-t'il et un second test, officiel cette fois, est en cours d'analyse en Bordurie. Il prétend alors que ces 2 petits bouts n'ont pas l'ADN du donneur de sperme, Roger en l'occurrence.

Je lui réponds qu'on distingue souvent assez facilement la carnation d'un enfant indien de celui d'un caucasien… Il me précise que la mère est très claire de peau. Je suis dubitatif.

Ce ne serait donc pas leurs enfants biologiques. Nouvelle donnée au problème : la mère porteuse devient également la mère biologique.

Ils ont, dès lors, pris l'initiative de rencontrer la mère des enfants. Une femme de 25-28 ans - personne ne connaît vraiment son âge - qui a déjà 2 filles. Elle est de condition très simple.

Thomas et Roger demandent à la maman si elle veut garder ces 2 enfants en lui annonçant que ce sont ses enfants biologiquement parlant…

La réponse de la mère est glaçante. Elle laisse, au couple, le choix de décider…
Thomas lui mentionne qu'elle a le droit de les avoir car ils ont le même ADN. A coté de cela, très délicatement, il lui mentionne qu'elle a forcement eu des relations sexuelles avec son mari avant l'insémination ce qui était totalement interdit. Thomas lui rappelle également qu'elle a déjà été payée pour cette prestation et que donc elle n'a pas respecté son engagement. Elle a probablement été payée 10 000 euros selon Thomas, ce qui modifie la vie d'un couple indien pauvre pour de très nombreuses années… Nous touchons le fin fond du sordide.

La jeune femme indienne, pauvre, simple, déjà mère de 2 filles lance alors qu'elle veut bien garder le petit garçon mais pas la fille… Vous comprendrez la réaction de la maman en allant lire mon article sur le génocide des petites filles indiennes (Tuez cette fille que je ne saurais voir).

Le couple de français refuse, c'est soit les 2 enfants soit rien. Elle accepte. Le couple va s'assurer qu'un suivi financier soit réalisé par l'association bordure qui les a déjà escroqué une fois pour que la maman indienne ait une aide financière pour élever ces deux enfants "commandés" mais non désirés.

Cette histoire vraie me laisse un goût très amer dans la bouche et m'a bouleversé. Il met à jour la souffrance d'un couple (qu'il soit homo ou hétéro ne fait pas de différence ici) qui ne peut avoir d'enfants. Cette souffrance les pousse à tout faire pour en avoir en dépassant la limite de la légalité, en prenant des risques pour eux, pour la mère porteuse et surtout pour les enfants.

Je suis subjugué par ces officines qui "vendent" des enfants à la sauvage dans un cadre légal complètement bancal.

A partir de là tout s'est enchaîné à l'envers pour eux et ils ont eu une sorte de déni de la réalité.

Épilogue :
La réalité sera probablement la suivante et elle est horrible. Pour sortir d'une situation administrative inextricable, ces enfants seront refourgués à la maman indienne qui touchera une petite somme d'argent pour faire bonne figure. L'agence promettra une aide financière régulière qui n'arrivera de fait jamais. La petite fille n'atteindra très probablement jamais ses 5 ans. Et le couple de français rentrera en France et reprendra son activité professionnelle si importante.

Ce couple m'a proposé de le revoir en France. J'ai décliné, je n'en ai aucunement envie. J'ai exigé un email me donnant la fin de l'histoire. L'Inde est dure, elle est sauvage. Elle peut l'être encore plus...


PS : toutes les personnes ont été anonymisées.

11 commentaires:

  1. "On devait avoir les papiers de Bordurie pour les enfants nous permettant de les ramener en France.
    L'agence bordure qui s'occupe de notre cas est en train de nous planter."

    C'est absurde : ça n'existe pas, la Bordurie.
    On vous a abusé, mon bon, ou alors vous vous jouez de nous.

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  2. Cyrano, mon bon, Il ne vous est pas venu à l'esprit que c'était pour ne pas donner d'indice permettant de tomber sur cette agence ?

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  3. Merci Anonyme de répondre si doctement à Cyrano.

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  4. Braves gens,
    Ca m'est évidemment venu à l'esprit, mais j'ai lu les 16 commentaires à l'article précédent, dont 3 posaient la question de la Bordurie, sans y voir de réponse de la part de notre tintinophile et indophile préféré. J'ai donc posé la question de manière plus directe qu'eux ; et je suis content que, dans ces circonstances, on m'ait apporté la réponse si vite.
    Mais je ne serai pas ingrat : vous trouverez donc ci-dessous la correction, en majuscules, des trois fautes d'orthographe que comportent les deux lignes rajoutées à la va-vite suite à mon commentaire désabusé, mais efficace.
    "Pour les plus neuneuS d'entre vous la Bordurie existe bien, mais chez Tintin. ELLE fait partiE de l'anonymisation du récit."

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  5. EN tous cas merci beaucoup de ce récit.

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  6. Eh bien... Quelle histoire... Ça repousse les limites, en effet :-(

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  7. Foutre Dieu ! quel affreux couple d'enfoirés. Avaient-ils bien conscience des conséquences de leur légèreté sur la vie de ces enfants ? on se le demande en lisant ton récit.

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  8. ah je me fais traiter de neuneu ? zut sinon tu as raison c'est terrible. ton histoire vaut 10 reportages à la con à la TV.

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  9. plus qu'intéressant. instructif.
    merci pour avoir partagé.

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